Le Diptyque « A quoi rêvent les enfants en temps de guerre ? »

Tout part d’un rêve éveillé.

Nous sommes en 2015, le sol français subit les attentats que l’on connait. De l’autre côté de la Mer Méditerranée, en Syrie, la ville de Raqqa est bombardée par la coalition internationale, après que le groupe terroriste Daesh y a installé son califat, avec toute la violence que l’on sait. En armant notamment les enfants de Raqqa, devenus alors malgré eux des enfants-soldats. De la chair à canon. On voit des photographies et reportages circuler sur le net.
Le rêve commence là, par une onde de choc, un tremblement.

Et je me demande alors comment est-il encore possible de se rêver dans le fracas du monde ?

Et je me demande ce que nous adultes, pouvons en dire à la jeunesse, ce que la jeunesse elle-même peut en saisir pour se construire.

Les images continuent de circuler, les mots « guerre, exil, vague migratoire, Europe » inondent les journaux.
Changer de paradigme, urgemment.

Commence alors la composition d’un diptyque À quoi rêvent les enfants en temps de guerre ?, diptyque paramétré sur deux axes : la figure de l’enfance dans la guerre, et le point de vue occidental. Parler de l’exil et de la guerre des autres, sans inclure le point de vue occidental, me paraissait indécent. On ne peut pas être le 5ème vendeur d’armes au monde (la France) et s’extraire de l’Histoire.

Le théâtre est une tentative de réparation symbolique. Pour cela, il faut s’y inclure comme sujet. Et naviguer, à vue. Démêler les fils, écrire un récit à hauteur humaine, ce que le politique ne permet pas actuellement. Offrir la capacité aux spectateurs d’articuler le réel, créer des espaces à penser, des ouvertures, des possibles, par la force poétique. Une poétique qui ne soit pas une vaine échappatoire, mais qui s’inscrive comme une arme face à la férocité du monde, un contenant pour nos imaginaires, et donc nos capacités de résister, de penser, face au fracas du réel.
Le processus d’écriture de chacune de ces pièces engage les équipes de création, puisque les résidences d’écriture ont lieu en partie en immersion auprès de journalistes, d’auteurs en exil, de publics…
En mars 2018, la création WAYNAK (Éditions Lansman), écrite à quatre mains avec l’autrice Catherine Verlaguet est jouée à La Comédie – CDN de Reims.
En novembre 2019, la création SHELL SHOCK (Éditions Espaces 34), écrite par Magali Mougel, voit le jour au Grand R, Scène nationale de la Roche-sur-Yon.

Annabelle Sergent, Septembre 2019